| Dernières acquisitions |
Scènes révolutionnaires
Le Conseil général des Hauts-de-Seine a acquis pour la Maison de Chateaubriand, en novembre 2010, un ensemble de quatre aquarelles anonymes figurant des scènes révolutionnaires : le siège et la prise de la Bastille, et les journées des 14 juillet 1791 et 13 vendémiaire an III.
Ces aquarelles font écho à une période de bouleversement dans laquelle Chateaubriand vit tout d’abord une rupture historique porteuse d’avenir. Les premières gouttes de sang versé lors des désordres changèrent toutefois ses dispositions politiques, et décidèrent l’auteur à quitter la France et à partir en Amérique.
« La Révolution m’aurait entraîné, si elle n’eût débuté par des crimes, écrit-il : je vis la première tête portée au bout d’une pique, et je reculai. Jamais le meurtre ne sera à mes yeux un objet d’admiration et un argument de liberté ; je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste » (Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 13). 1 2 3 4 1) Siège de la Bastille 14 juillet 1789 - cl. MDC (DE 010+6.1) 2) Prise de la Bastille 14 juillet 1789 - cl. MDC (DE 010+6.2) 3) Journée du 14 juillet 1791 - cl. MDC (DE 010+6.3) 4) Journée du 13 vendémiaire an III - cl. MDC (DE 010+6.4)
Aquatintes en couleurs de Samuel Birmann
DE 010* 4.1 à 4.10
« [...] les montagnes ne sont-elles pas favorables aux méditations, à l'indépendance, à la poésie ? » (Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe)
Vue de Grindelwald (détail) - aquatinte - coll. Maison de Chateaubriand - cl. © MDC
Le Conseil général des Hauts-de-Seine a acquis pour la Maison de Chateaubriand, en juin 2010, un ensemble de dix aquatintes en couleurs tirées des Souvenirs de la Vallée de Chamonix publiés en 1826 à Bâle par l'artiste suisse Samuel Birmann (1793-1847).
Cet ensemble présente des vues de la mer de glace, du Mont-Blanc, de Lucerne, de Fribourg, etc., tous lieux visités par Chateaubriand lors de son séjour en Suisse en août 1805, qu’il a relaté dans son Voyage au Mont-Blanc (1806) : « Sorti de Genève par un temps assez nébuleux, écrit-il, j’arrivai à Servoz au moment où le ciel commençait à s’éclaircir. La crête du Mont-Blanc ne se découvre pas de cet endroit, mais on a une vue distincte de sa croupe neigée, appelée le Dôme. [...] Je m’arrêtai au village de Chamouny, et le lendemain je me rendis au Montanvert. J’y montai par le plus beau jour de l’année. Parvenu à son sommet, qui n’est qu’une croupe du Mont-Blanc, je découvris ce qu’on nomme très improprement la Mer de Glace. Qu’on se représente une vallée dont le fond est entièrement couvert par un fleuve. [...] Supposez donc un rude hiver survenu ; le fleuve qui remplit la vallée, ses inflexions et ses pentes, a été glacé jusqu’au fond de son lit ; les sommets des monts voisins se sont chargés de neige partout où les plans du granit ont été assez horizontaux pour retenir les eaux congelées : voilà la Mer de Glace et son site. Ce n’est point, comme on le voit, une mer ; c’est un fleuve : c’est, si l’on veut, le Rhin glacé [...] ». Liste des vues
La Mer de Glace vue de Montavert Le Prieuré et le Montblanc Chûte de Staubbach prise à l’entrée du village de Lauterbrunne Vue de Grindelwald Vue de la ville de Lucerne Vue de la ville de Fribourg prise de la Promenade du Palatinat Glacier des bois Environs de Servoz L’ermitage de St Nicolas de Flûe dans le Canton d’Unterwalden Vue de l’hospice du St Bernard
La maison du Tasse à Sorrente, par François-Louis Dejuinne
P 010* 1
La maison du Tasse à Sorrente, par Dejuinne - coll. Maison de Chateaubriand
Le Conseil général des Hauts-de-Seine a acquis en juin 2010 une toile de Louis-François Dejuinne évoquant le grand poète italien Torquato Tasso, dit le Tasse (1544-1595), maintes fois célébré par Chateaubriand dans ses écrits.
Tout au long de son œuvre, Chateaubriand évoque les « génies-mères », ces grandes figures de la littérature qui ont, selon lui, fécondé et fondé la culture de l’Occident ; la Jérusalem délivrée du Tasse surpassant à ses yeux l’Odyssée d’Homère car, au contraire de celle-ci, l’épopée italienne est habitée par le génie chrétien. Dans l’Itinéraire de Paris à Jérusalem, Chateaubriand rappelle qu’il a visité Jérusalem en lisant cet ouvrage : « En achevant de décrire les lieux célébrés par le Tasse, écrit-il, je me trouve heureux d’avoir pu rendre le premier à un poète immortel le même honneur que d’autres avant moi ont rendu à Homère et à Virgile. Quiconque est sensible à la beauté, à l’art, à l’intérêt d’une composition poétique, à la richesse des détails, à la vérité des caractères, à la générosité des sentiments, doit faire de la Jérusalem délivrée sa lecture favorite » (Itinéraire de Paris à Jérusalem, « Suite du voyage de Jérusalem »). Mais le plus bel hommage que Chateaubriand ait dédie au poète italien se trouve dans le chapitre des Mémoires d’outre-tombe consacré à son ambassade à Rome, ville où Le Tasse est enterré :
« Si j’ai le bonheur de finir mes jours ici, je me suis arrangé pour avoir à Saint-Onuphre un réduit joignant la chambre où le Tasse expira. Aux moments perdus de mon ambassade, à la fenêtre de ma cellule, je continuerai mes Mémoires. Dans un des plus beaux sites de la terre, parmi les orangers et les chênes verts, Rome entière sous mes yeux, chaque matin, en me mettant à l’ouvrage, entre le lit de mort et la tombe du poète, j’invoquerai le génie de la gloire et du malheur » (Mémoires d’outre-tombe, livre XXX, chapitre 13). Le tableau de Dejuinne (1786-1844) acquis par le Conseil général des Hauts-de-Seine, présenté au Salon de 1824 (n° 437) sous le titre La maison du Tasse telle qu’elle existe encore à Sorrente, traduit à sa manière l’engouement que l’auteur de la Jérusalem délivrée suscita auprès des contemporains de Chateaubriand, ainsi que la passion pour la reconstitution historique propre au XIXe siècle.
Il sera présenté au public en 2011, après restauration de la toile.
La femme à la grille, par Léon Printemps (don de M. Jacques Noireau)
P 010° 1
La femme à la grille, par Léon Printemps - coll. Maison de Chateaubriand - cl. Dominique Fontanarosa
Don fait par Monsieur Jacques Noireau, petit-fils du peintre, au Conseil général des Hauts-de-Seine pour la Maison de Chateaubriand, le 5 février 2010
Ce tableau de Léon Printemps (1871-1945) fut peint au cours d’un des nombreux séjours que l’artiste faisait dans la maison de campagne de ses parents à Châtenay-Malabry. Intitulé La femme à la grille, il représente une femme vêtue de noir se tenant devant la grille d’un parc derrière laquelle on aperçoit de grands arbres. Cette grille n’est autre que la grille Colbert, entrée de la Vallée-aux-Loups à l’époque de Chateaubriand. Traitée dans des couleurs automnales avec une touche proche du travail des impressionnistes, cette peinture offre une image mélancolique de la propriété à l’époque des La Rochefoucauld, période peu représentée dans les collections de la Maison de Chateaubriand. Ce tableau est exposé dans le salon Le Savoureux, au 1er étage de la Maison. Léon Printemps Né à Paris en 1871 au sein d’une famille aisée, Léon Printemps entre à l’École des Beaux Arts en 1892, dans la classe de Gustave Moreau. Portraitiste reconnu, il peint les personnalités marquantes de la société parisienne de la fin du XIXe siècle ; il réalise en 1902 un portrait de Sully Prudhomme (qui réside alors à Châtenay-Malabry) et se consacre aussi à la peinture de paysage. Si la production de l’artiste à cette période reste fortement teintée de symbolisme, celui-ci disparaît à partir de 1903, année du mariage du peintre avec Marie-Guillemette Salaün, d’origine bretonne. Désormais, Léon Printemps se tourne vers des portraits intimistes et s’adonne à la peinture de paysages maritimes (Bretagne, Normandie, îles d’Yeu et de Noirmoutier...). Une palette plus lumineuse se substitue aux couleurs automnales de la première période. Léon Printemps mourra à Paris en 1945.
EN SAVOIR PLUS
/ À LIRE
Léon Printemps (1871-1945), ouvrage édité par Jacques Noireau (Drome La Romaine, 07230 Lablachère), 2004, 86 pages - ISBN 2-9521233-0-6
Paire de vases aux cygnes au motif tiré d'Atala
O 009* 1 a et b
Paire de vases aux cygnes au motif tiré d'Atala - cl. Kohn / droits réservés
Le 6 août 2009, a été acquise par le Conseil général, lors d’une vente aux enchères à Cannes, une paire de vases en porcelaine polychromée et dorée de la fin du XIXe siècle, de forme ovoïde et ornés chacun d’une scène tirée d'Atala de Chateaubriand. Publié en 1801, le roman Atala rencontra un immense succès auprès du public et généra une importante iconographie (gravures, dessins, peintures, sculptures) et la réalisation d’une multitude d’objets dérivés : pendules, assiettes, etc. La Maison de Chateaubriand conserve et expose une riche collection autour de ce thème, témoignant de la longévité de l’engouement des artistes pour l’œuvre littéraire de Chateaubriand. Atala et Chactas : des « Roméo et Juliette » amérindiensAinsi que l’écrit lui-même Chateaubriand dans la préface de l’édition originale de 1801, Atala, « écrite dans le désert, et sous les huttes des Sauvages », est « une sorte de poème, moitié descriptif, moitié dramatique : tout consiste dans la peinture de deux amants qui marchent et causent dans la solitude ; tout gît dans le tableau des troubles de l’amour, au milieu du calme des déserts, et du calme de la religion ». Sur les rives du Meschacebé (Mississipi), en Louisiane, la tribu des Natchez accueille René, un jeune Français désireux de vivre parmi les Indiens. L’un d’eux, Chactas, qui a visité la France sous Louis XIV, se prend d’amitié pour le jeune homme et lui raconte sa jeunesse au cours d’une chasse au castor. À 20 ans, Chactas participe avec les siens à la lutte contre les Espagnols. Fait prisonnier par ces derniers, il est condamné aux mines mais échappe à son destin grâce à l’intervention de Lopez, qui propose de l’adopter. Après plusieurs mois passés auprès de celui-ci, Chactas demande à retourner auprès des siens. Pendant le voyage du retour, il est capturé par « un parti de Muscogulges et de Siminoles » (peaux-rouges de l’ancienne Louisiane) qui le destinent au sacrifice. Un soir, Chactas est libéré par Atala, jeune Indienne convertie au christianisme. Après une longue fuite, les deux héros sont, durant un orage, recueillis par le père Aubry, qui veut convertir Chactas pour l'unir à Atala. À l’article de la mort, la jeune femme demande à recevoir les derniers sacrements et explique au religieux qu’elle s’est empoisonnée pour ne pas trahir la volonté de sa mère qui, sur son lit de mort, lui a fait promettre de se consacrer à la Vierge. Inconsolable, Chactas ne se mariera jamais et, à la fin de sa vie, deviendra chrétien en mémoire d’Atala. Un amour tragique pour une iconographie exotiqueLa fortune de l’ouvrage de Chateaubriand s’est traduite par une production d’objets aussi variée qu’abondante célébrant les amours tragiques d’Atala et de Chactas. Mais par-delà le succès littéraire, ces objets permettaient d’introduire dans les intérieurs une touche d’exotisme si prisé depuis le XVIIIe siècle. Sur l’un des vases acquis pour la Maison de Chateaubriand, est représentée la première visite d’Atala à Chactas : « Une nuit que les Muscogulges avaient placé leur camp sur le bord d’une forêt, j’étais assis auprès du feu de la guerre, avec le chasseur commis à ma garde. Tout à coup j’entendis le murmure d’un vêtement sur l’herbe, et une femme à demi voilée vint s’asseoir à mes côtés » (Chateaubriand, Atala, « Les Chasseurs »).
L’autre vase représente Chactas et Atala s’abritant de l’orage qui éclate au cours leur fuite :
« Assis moi-même sous l’arbre, tenant ma bien-aimée sur mes genoux et réchauffant ses pieds nus entre mes mains, j’étais plus heureux que la nouvelle épouse qui sent pour la première fois son fruit tressaillir dans son sein » (Chateaubriand, Atala, « Les Chasseurs »).
EN SAVOIR PLUS
/ À LIRE
Lire Atala dans son édition originale (fichier PDF, 253 ko)
Bureau provenant du château de Montboissier
M 009* 1
Bureau provenant du château de Montboissier - CG92 / Olivier Ravoire
Souvenir du séjour de Chateaubriand au château de Montboissier en 1817, au moment de la vente de la Vallée-aux-Loups et pendant l'écriture, dans les Mémoires d'outre-tombe, de chapitres consacrés à sa jeunesse à Combourg
Un bureau « bonheur du jour » Le 13 mars 2009, le Conseil général des Hauts-de-Seine a fait l’acquisition, pour la Maison de Chateaubriand, d’un bureau bonheur du jour d’époque Empire attribué à Lemarchand fils, provenant du château de Montboissier. Ce type de meuble, composé d’un bureau dont le plateau est partiellement surmonté d’un casier ou de tout autre meuble de rangement, fit son apparition sous le règne de Louis XVI et connut un très vif succès – dont témoigne sa désignation même de « bonheur du jour ». Le caractère précieux de ce meuble, plutôt à l’usage des dames, est accentué par le travail délicat de sa mise en œuvre. D’une facture sobre, presque sévère, le bureau de Montboissier, avec ses pieds avant cambrés terminés par des griffes, s’apparente au style Empire ; toutefois, le choix d’un plaquage d’acajou relativement clair et l’absence d’ornements de bronze doré ou de tout autre métal annoncent le mobilier de l’époque Restauration. D’abord présenté dans le salon bleu (photographie ci-dessus), ce bureau est actuellement exposé dans le cabinet du rez-de-chaussée attenant au salon jaune. Chateaubriand à Montboissier : réminiscences de Combourg Après la mise en vente de la Vallée-aux-Loups, Chateaubriand séjourna au château de Montboissier pendant l’été de 1817 (du 3 juillet au 2 août). Il était l’hôte de la baronne de Montboissier, fille cadette de Malesherbes et sœur de la belle-mère de Jean-Baptiste de Chateaubriand, frère aîné de l’auteur (qui avait épousé en 1787 Aline de Rosanbo, petite-fille de Malesherbes). Selon la tradition familiale, c’est sur le bureau présenté ici que l’écrivain rédigea les derniers chapitres du livre II et les six premiers chapitres du livre III des Mémoires d’outre-tombe, relatifs aux années d’enfance passées à Combourg. C’est dans le chapitre 9 du livre II que nous trouvons l’épisode du chant de la grive qui renvoie Chateaubriand à ses années de jeunesse : « Hier au soir je me promenais seul ; le ciel ressemblait à un ciel d’automne ; un vent froid soufflait par intervalles. À la percée d’un fourré, je m’arrêtai pour regarder le soleil : il s’enfonçait dans des nuages au-dessus de la tour d’Alluye, d’où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés. Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d’une grive perchée sur la plus haute branche d’un bouleau. À l’instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel ; j’oubliai les catastrophes dont je venais d’être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j’entendis si souvent siffler la grive. Quand je l’écoutais alors, j’étais triste de même qu’aujourd’hui ; mais cette première tristesse était celle qui naît d’un désir vague de bonheur, lorsqu’on est sans expérience ; la tristesse que j’éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l’oiseau dans les bois de Combourg m’entretenait d’une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. » Cette résurgence involontaire du passé, suscitée par un événement présent, a souvent été mise en parallèle avec l’épisode de la madeleine décrit par Marcel Proust dans Du côté de chez Swann, où le goût d’une madeleine trempée dans du thé renvoie le narrateur aux souvenirs heureux de son enfance à Combray, chez sa tante Léonie.
EN SAVOIR PLUS
/ À LIRE
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, éd. Jean-Claude Berchet, Paris, Le Livre de Poche / Classiques Garnier, La Pochothèque, t. I, 2003, pp. 190-207. | | |