« Les genres et les règles ne sont point arbitraires ; ils sont nés de la nature même ; l'art a seulement séparé ce que la nature a confondu ; il a choisi les plus beaux traits sans s'écarter de la ressemblance du modèle » (Chateaubriand, Essai sur la littérature anglaise, 1836).
Chateaubriand en pair de France, par Pierre-Louis Delaval - coll. Maison de Chateaubriand
Depuis 1989, la Maison de Chateaubriand organise des expositions destinées à mieux faire connaître Chateaubriand et l’histoire de son temps, mais aussi ce qui a nourri l’écrivain, héritier du siècle des Lumières et visionnaire soucieux de l’avenir du monde.
Ces expositions sont accompagnées de catalogues de référence réunissant de nombreuses contributions de spécialistes et une riche iconographie.
Théâtre d'exécutions pendant la seconde guerre mondiale, la Vallée-aux-Loups fut aussi un lieu de résistance à l'occupation allemande. Aujourd'hui, la Maison de Chateaubriand revient sur cette période troublée.
Pour le 70e anniversaire des exécutions perpétrées à la Vallée-aux-Loups, une expositiondossier rend hommage aux fusillés et livre un aperçu de la réalité de l’époque à la Maison de Chateaubriand, décrivant la résistance qui s’organise et la vie artistique qui continue et s’y développe.
En mémoire des fusillés Les massacres de résistants et de civils se multiplient sous l’occupation allemande et l’ancien domaine de Chateaubriand connaît alors son lot d’atrocités. En 1941, des étudiants arrêtés à la suite d’une manifestation parisienne sont abattus dans le bois de l’Orme mort. Trois ans plus tard, de jeunes résistants sont laissés pour morts dans un fossé, au bord d’une route qui s’appelle depuis l’« Avenue des 4 fusillés ». Photos, lettres d’adieu et documents officiels évoquent ces évènements et retracent la chronologie des faits.
Dans la Maison Le docteur Le Savoureux et son épouse, propriétaires de la Maison de Chateaubriand pendant la seconde guerre mondiale, cachent nombre de résistants dans ce qui était alors une maison de repos. Des lettres racontent le quotidien, les bombardements subis par le parc en 1940 lorsque deux bombes abiment le catalpa planté par Chateaubriand ou la façon dont les malades se réfugient dans la cave lors des alertes. Des lettres et des épigrammes de Paulhan, ami du docteur qui milite contre l’occupation, révèlent une vie souterraine à côté de la vie « officielle » largement montrée dans la presse de l’époque. Une manière d’éloigner les soupçons, illustrée par un article de la revue Camping où le domaine fait figure d’étape bucolique au cours d’une promenade.
La vie intellectuelle et artistique sous les bombes À la même époque, le peintre Jean Fautrier se réfugie à la Vallée-aux-Loups. Il avait été arrêté en 1943, sans doute compromis par ses relations avec Paulhan, Éluard ou Malraux, et cherchait depuis une cachette sûre. Il expose après la guerre sa série des Otages inspirée de ce séjour. Ces œuvres qui associent des tons pastel à l’image de la mort suscitent l’incompréhension et seuls quelques artistes sont fascinés par son travail dont Dubuffet, Ponge ou Malraux. L’exposition-dossier présente des tableaux de la série des Otages, les Jeunes branches, une série de gravures, de dessins, de livres dont Fautrier l’enragé de Paulhan conçu entre 1943 et 1945 à la Vallée-aux-Loups et terminé à l’Île verte voisine.
Exposition Madame Geoffrin, une femme d'affaires et d'esprit (du 27 avril au 24 juillet 2011)
Sans pouvoir évoquer toutes les facettes de ce personnage incontournable du
XVIIIe siècle, l'exposition permet d'en mesurer l'envergure par la présentation
de documents d'archives, de souvenirs lui ayant appartenu et de tableaux
provenant de sa collection : François Boucher, Claude-Nicolas Cochin, Joseph
Vernet, Carle Van Loo nous livrent les secrets du goût de cette protectrice
des arts.
Patrick Devedjian a inauguré, mardi 26 avril, à la Maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry l’exposition du conseil général consacrée à cette « femme d’affaires et d’esprit » du XVIIIe siècle. Lire l'article sur vallée-culture
Entre 1727 et 1766, après Mme de Rambouillet et sa célèbre chambre bleue et avant Mme Récamier, Mme Geoffrin occupe le devant de la scène des salons, éclipsant par son savoir-faire toutes les autres concurrentes de son temps. Aidée dans son entreprise par une fortune confortable que lui procurent ses actions à la Manufacture royale des Glaces, elle crée un cercle qui séduit tous les beaux esprits du temps et connaît un succès au-delà de ses espérances.
Correspondant avec Catherine II, l’impératrice Marie-Thérèse et plus encore Stanislas-Auguste Poniatowski, élu roi de Pologne en 1764, elle fait en 1766 un voyage à Varsovie qui lui octroie une renommée européenne. À Vienne, elle accepte d’être l’ambassadrice de l’impératrice afin de promouvoir en France la renommée de celle que l’on destine au dauphin, Marie-Antoinette. En remerciement, elle reçoit un somptueux service en porcelaine de Meissen, qui sera montré pour la première fois au public, accompagné du grand surtout de glace commandé par Mme Geoffrin afin de pouvoir présenter cette précieuse vaisselle dignement sur sa table.
Siècle de Louis XV, une soirée chez Madame Geoffrin, (en 1755) - eau-forte de Debucourt, d'après Lemonnier - coll. Maison de Chateaubriand - cl. MDC
Sans pouvoir évoquer toutes les facettes du personnage, l’exposition permettra d’en mesurer l’envergure par la présentation non seulement de documents d’archives mais de souvenirs lui ayant appartenu ou de tableaux provenant de sa collection, exécutés par François Boucher, Claude-Nicolas Cochin, Joseph Vernet, Carle Van Loo, aujourd’hui conservés essentiellement en collections privées, qui nous livrent les secrets des goûts de cette protectrice des arts. Après un portrait inédit de Mme de Rambouillet par Philippe de Champaigne, l’exposition s’ouvre par des portraits peints de Mme Geoffrin et des portraits psychologiques dressés par sa fille ou les gens de Lettres qui l’ont connue. Suit la section consacrée à la femme d’affaires, évoquée grâce au concours de Saint-Gobain. Puis le visiteur pénètre dans l’intimité de l’hôtel Geoffrin – notamment par deux dessins d’Hubert Robert – et de ses invités. L’exposition s’achève par le retour de Pologne à Paris de notre héroïne, alors au zénith de sa gloire, la fin de sa vie et son rayonnement posthume.
Portrait de Madame Geoffrin Par Bernard Degout, directeur de la Maison de Chateaubriand
La Maison de Chateaubriand accueille, pour quelques mois, le « royaume » de Mme Geoffrin. Le premier étonnement passé, on songera que d’aucuns ont considéré que Juliette Récamier, qui habita quelque temps la Vallée-aux-Loups, était la Mme Geoffrin du XIXe siècle. Mais qui était Mme Geoffrin ?
Elle demeure à bien des égards énigmatique, davantage esquissée que vraiment peinte – tout comme à la vérité la personnalité de Juliette Récamier conserve bien des mystères. Mme Geoffrin elle-même s’est présentée comme la continuatrice de Mme de Lambert, qui émancipa son salon de la Cour de Sceaux ; mais Juliette ne s’est jamais revendiquée de Mme Geoffrin. Le lien fut établi par d’autres, Mme d’Abrantès, puis Sainte-Beuve, forts de la commune origine bourgeoise des deux femmes et de la notoriété européenne qu’elles connurent. Par-delà l’ « abîme révolutionnaire », sans doute voulait-on également se rassurer sur la continuité d’un monde dont Mme Geoffrin devint l’illustration exemplaire.
Mais il fallait aussi que le lien entre les deux époques ait été fait par des témoins. Ce fut, au premier chef, le cas et le rôle de l’abbé Morellet (1727-1819), défenseur sous l’Empire de la figure de Mme Geoffrin, dont il traça par la même occasion le portrait le plus achevé. Il expliquait ses succès par sa bonté, sa sensibilité et, surtout, l’exercice contre les artifices de la société d’une raison naturelle cultivée sa vie durant. Or il advint qu’un jeune écrivain, rentré depuis peu d’émigration, publia en 1801 une "anecdote" écrite "sous la hutte des sauvages", et peignant "une nature et des mœurs tout à fait étrangères à l’Europe" : c’était Atala. Le même abbé Morellet éreinta l’ouvrage, dans des Observations dont Chateaubriand, vingt-cinq ans plus tard, reproduisit de larges extraits en annexe à une réédition de son roman. Le monde de Mme Geoffrin ne le laissait pas en paix. L’hôtesse de la rue Saint-Honoré revient hanter la Vallée-aux-Loups.
Fac-similé imprimé d’une lettre de Madame Geoffrin à Monsieur Desfranches
Présences russes à la Vallée-aux-Loups au XXe siècle (15 mai – 19 septembre 2010)
En 2010 où les arts et la culture russes étaient à l'honneur en France à travers diverses manifestations, l'évocation, à la Vallée-aux-Loups, des relations de deux précédents habitants de ces lieux avec cette partie du monde s'imposait.
L'exposition fut consacrée à la dernière propriétaire privée du site, née Lydia Georguievna Plekhanova. Durant cinquante-cinq ans, de 1923 à 1978, l’épouse du Docteur Henry Le Savoureux, sa partenaire intellectuelle et professionnelle, a marqué de sa discrète et exigeante présence la maison de santé fondée à Châtenay par le médecin en 1914.
Éprise de poésie, de musique et de théâtre, elle a fréquemment joué le rôle modeste mais indispensable de « passeuse », rôle sans lequel nombre de réalisations intellectuelles n’existeraient tout simplement pas. Georges et Ludmilla Pitoëff, Michel Larionov et Nathalie Gontcharova, furent notamment de ses amis. Des œuvres inédites des deux artistes rayonnistes, des archives, photographies, livres illustrés et des objets d’inspiration populaire dont elle aimait s’entourer, conservés à la Maison de Chateaubriand, ont permis de lui rendre hommage.
Poupées russes - coll. Maison de Chateaubriand - CG92 / Jean-Luc Dolmaire
L'exposition évoquait également, à travers des documents du XIXe siècle, l’attirance réelle de l’auteur des Mémoires d’outre-tombe pour l’empire des Tsars. S’il n’avait acquis la Vallée-aux-Loups en 1807, Chateaubriand se serait installé à Saint-Pétersbourg, du moins le prétendait-il. Bien qu’il ne soit jamais allé en Russie, contrairement à plusieurs de ses proches, son intérêt pour ce pays était réel.
Exposition hors les murs (Jérusalem, février-mars 2010)
« Au printemps de 1809 parurent les Martyrs. [...] Cent et cent fois j'avais fait, défait et refait la même page. De tous mes écrits, c'est celui où la langue est la plus correcte » (Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, XVIII, 6).
Eudore et Cymodocée, illustration pour les Martyrs de Chateaubriand - coll. Société Chateaubriand - MDC
Exposition sur les Martyrs de Chateaubriand, au Centre Culturel Chateaubriand de Jérusalem, en partenariat avec le Service de coopération et d'action culturelle de Jérusalem (18 février - mars 2010)
Afin de commémorer le 200ème anniversaire de la publication des Martyrs, épopée écrite par Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups et publiée en 1809, dix-sept panneaux réalisés par la Maison de Chateaubriand ont éte présentés au Centre Culturel Français de Jérusalem (rebaptisé Centre Culturel Chateaubriand en 2007).
Retraçant le récit complet des Martyrs, ils explicitent également la place de ce roman dans la vie et l’œuvre de l’auteur : éléments autobiographiques, idéal amoureux de Chateaubriand incarné en la druidesse Velléda, paysages de l’écrivain (Bretagne, Grèce, Italie, Terre Sainte).
L'inauguration de l'exposition, le 18 février, a été complétée par une discussion avec Bernard Degout, directeur de la Maison de Chateaubriand, sur « Les Martyrs et l'histoire dans l'œuvre de Chateaubriand ».
Retrouvez ici la présentation de tous les catalogues d'expositions publiés par la Maison de Chateaubriand.
Chateaubriand et la Révolution française (1989, 180 p.)
À partir des œuvres de Chateaubriand ainsi que de nombreux documents d’archives, est analysée la réaction de Chateaubriand à la Révolution française – d’une curiosité teintée de sympathie jusqu’à la précoce réprobation des violences, suivie de l’embarquement pour l’Amérique, puis de l’exil en Angleterre – et, par-delà l’événement, l’évolution, tout au long de son œuvre, de la pensée complexe de Chateaubriand sur la Révolution et sur la République.
Madame de Chateaubriand (1774-1847) (1990, 136 p.)
À travers la présentation et la publication de nombreux documents d’archives inédits, provenant notamment des Archives de l’Archevêché de Paris, est ici évoquée Céleste de Chateaubriand, femme de l’ombre de l’écrivain et auteur de Cahiers couvrant la période de 1807 à 1844, dont s’inspira Chateaubriand pour ses Mémoires d’outre-tombe.
Chateaubriand et le sentiment de la nature (1991, 168 p.)
La nature est présente dans toute l’œuvre de Chateaubriand. Après une naissance placée sous le signe des tempêtes, et une adolescence rêveuse dans les bois de Combourg, l’écrivain découvrit les espaces vierges du Nouveau-Monde dont il se souviendra dans le Génie du Christianisme, avant que le voyage en Terre Sainte ne lui offre les paysages historiques de la Grèce classique et de la Bible. C’est ce paysage intérieur qu’a voulu évoquer cette exposition et que Chateaubriand a tenté de reconstituer à la Vallée-aux-Loups.
Il y a cent quatre-vingt-cinq ans, Chateaubriand s’installait à la Vallée-aux-Loups – Châteaux et salons sous le Consulat et l’Empire (1992, 134 p.)
À travers l’évocation d’hôtes et de voisins de la Vallée-aux-Loups, est retracée l’histoire de ce moment socialement et politiquement très important qu’a été la recomposition de la société française durant le Consulat et l’Empire, ainsi que les reflets, dans la vie littéraire de cette période, de la tourmente révolutionnaire.
La Maison de Chateaubriand s’expose à la Vallée-aux-Loups (1993, 99 p.)
Présentation de quelques-unes des pièces des collections de la Maison de Chateaubriand.
Caricatures politiques (1829-1848) – De l’éteignoir à la poire (1994, 176 p.)
Catalogue établi en collaboration avec l’Unité de Recherche Associée « Littérature et idéologies au XIXe siècle » du CNRS, pour l’identification et le commentaire d’une collection réunie au fil d’achats effectués durant plusieurs années, et qui a permis une féconde mise en regard d’écrits de Chateaubriand à caractère pamphlétaire et de caricatures politiques de dessinateurs importants comme Grandville, Daumier, Philipon, Traviès de Villiers ou Delacroix.
Présentation d’un précieux album d’aquarelles réalisées en 1830 par la comtesse d’Osmond, belle-sœur de la comtesse de Boigne (célèbre mémorialiste, auteur de piquants Mémoires), lors d’un voyage de Boulogne à Londres.
Les deux visages de Chateaubriand (1998, 96 p.)
Livre-catalogue centré sur deux tableaux de première importance, acquis par la Maison de Chateaubriand : Les Adieux de René à sa sœur, par Turpin de Crissé (1806), et F.-R. de Chateaubriand en costume de pair de France, par Pierre-Louis Delaval (1828). Une étude iconographique fouillée est encadrée par des textes sur les deux « carrières » de Chateaubriand (René et la carrière littéraire, le pair de France et le ministre), qui posent à nouveau frais la question des relations entre la littérature et la politique dans l’œuvre et la vie de Chateaubriand ; des contributions extérieures comme celle d’Arlette Michel, Professeur à l’Université de Paris IV – Sorbonne, ou d’Alain Pougetoux, Conservateur au Musée national du Château de Versailles, sont venues enrichir ces études, et témoigner de l’ouverture de la Maison de Chateaubriand aux grands établissements d’enseignement et de conservation.
Un livre, un siècle : le bicentenaire du Génie du Christianisme (2002, 256 p.)
L’exposition commémore la parution du Génie du Christianisme (1802), qui connut un succès extraordinaire, et son influence féconde le XIXe siècle dans tous les domaines – de la pensée, de la philosophie, de la morale, des arts, de l’architecture, de la musique, etc.
Chateaubriand romain (2004, 240 p.)
En 1803-1804, après la « gloire » d’Atala et du Génie du Christianisme, puis en 1828-1829 où il représente la France de Charles X, Chateaubriand a considéré Rome comme sa seconde patrie. Diplomate, archéologue, historien, mécène, marcheur infatigable dans les rues de Rome, il a su à travers ses écrits, la Lettre sur la campagne romaine (1804), son importante correspondance avec Mme Récamier (1828-1829), transmettre une perception nouvelle de l’histoire, de l’esthétique, qui a marqué le XIXe siècle des voyageurs, des écrivains et des peintres. Rome représenta alors, dans l’effervescence intellectuelle qui l’habitait, un grand moment de la conscience européenne.
Chateaubriand en Orient. Itinéraire de Paris à Jérusalem (1806-1807) (2006, 344 p.)
En 1806, Chateaubriand s’embarque pour un périlleux voyage durant lequel il parcourt les rives de la Méditerranée, possession de l’Empire Ottoman qu’on appelait alors la Sublime Porte. De Venise à Carthage en passant par Jérusalem et le Saint-Sépulcre, c’est à un voyage pittoresque à travers les siècles et les peuples que Chateaubriand nous invite. L’Itinéraire de Paris à Jérusalem fut écrit à la Vallée-aux-Loups et publié en 1811.
Présences russes (2010) (36 p.)
Catalogue de l’exposition consacrée à la dernière propriétaire privée de la Maison de Chateaubriand. Durant cinquante-cinq ans, de 1923 à 1978, l’épouse du Docteur Henry Le Savoureux, née Lydia Georguievna Plekhanova, sa partenaire intellectuelle et professionnelle, a marqué de sa discrète et exigeante présence la maison de santé fondée à Châtenay-Malabry par le médecin en 1914. Éprise de poésie, de musique et de théâtre, elle eut notamment pour amis Georges et Ludmilla Pitoëff, Michel Larionov et Nathalie Gontcharova. Rassemblant peintures, archives, photographies, livres et objets d’inspiration populaire, l’exposition évoquait également l’attirance réelle de l’auteur des Mémoires d’outre-tombe pour l’empire des Tsars.
Madame Geoffrin, une femme d’affaires et d’esprit (2011) (240 p.)
De tous les cercles du XVIIIe siècle, le salon réuni par Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777) en son hôtel parisien du 372, rue Saint-Honoré, est celui qui connut le plus large rayonnement. Avec une détermination patiente, et forte des ressources confortables que lui apportaient ses actions de la Manufacture royale des Glaces, madame Geoffrin y accueillit à dîner durant près de quarante ans, à jours fixes, hommes de Lettres (le mercredi) – et particulièrement les « philosophes » – et artistes (le lundi), et y convia également à souper des personnes de distinction. Le retentissement en fut bientôt européen, et sa « virtuose » hôtesse put, en dépit de la modestie de son extraction, correspondre avec une franche familiarité avec Catherine II, l’impératrice Marie-Thérèse ou encore son « fils », Stanislas-Auguste Poniatowski, élu roi de Pologne en 1764, auquel elle rendit une retentissante visite en 1766. La renommée de ce salon ne s’éteignit pas sous la Révolution, et perdura sous l’Empire, avec la commande par l’Impératrice Marie-Louise d’une évocation picturale fameuse, ainsi que par la défense de sa mémoire à laquelle s’attacha l’un de ses familiers, l’abbé Morellet ; plus tard, madame d’Abrantès et, surtout, Sainte-Beuve, ont vu en Juliette Récamier l’héritière de madame Geoffrin.